Gaëtane Schuÿteneer a créé le monde des Chaudoudoux : du lundi au vendredi, elle y accueille avec Tchika, son Chiwawa, véritable mascotte des petits, des enfants de 0 à 3 ans. Cette accueillante conventionnée dispose depuis un mois d’un statut de salariée dans le cadre d’un projet pilote avec le CPAS d’Aiseau-Presles. Elle nous raconte son parcours et son quotidien rythmé de plaisir, de rires et de câlins.

 

12h00, un vendredi. La porte s’ouvre sur des pleurs d’enfant.

 Bonjour, désolée nous aurions préféré éviter de sonner à la porte pour ne pas réveiller les petits…

 Ne vous en faites pas, j’avais débranché la sonnette. Entrez…

Dans ses bras, le petit Charlie semble avoir un gros chagrin. Gaëtane le serre tout contre sa poitrine, elle le berce, l’embrasse, le câline et lui parle tout en douceur. Le bébé de 6 mois s’apaise. « Il n’est là que depuis quelques jours… Il faut le temps qu’il prenne ses marques ». Les autres enfants dorment à l’étage, c’est l’heure de la sieste.

 Ça va pour vous si on s’assied à la table des enfants ?

Nous prenons place sur un tabouret rouge en plastique de 30 centimètres de haut, étonnement confortable et résistant. Charlie s’est endormi. Gaëtane le met au lit. « Les enfants qui viennent d’arriver, je préfère les garder au rez-de-chaussée près de moi. J’ai aménagé une chambre à cet effet ». L’espace d’accueil entièrement neuf est lumineux, coloré et respire les jeux et l’insouciance. C’est une accueillante désormais soulagée dans son nouveau statut de salariée qui se confie sur son métier, ses enjeux, ses difficultés et son rôle essentiel.

« Depuis un mois, je suis enfin salariée. J’ai un salaire fixe à présent et c’est beaucoup mieux »

Le Guide Social : Dans le cadre du nouveau contrat de gestion de l’ONE, l’ensemble des accueillantes conventionnées devraient passer au statut d’accueillantes salariées d’ici 2025. Dans votre cas, la transition s’est déjà opérée. Expliquez-nous comment ça s’est passé.

Gaëtane Schuÿteneer : Pendant mes sept premières années professionnelles en tant qu’accueillante conventionnée, je n’avais pas de statut. J’étais rémunérée à la prestation. Si un enfant ne venait pas en raison d’une maladie ou parce les parents étaient en congé, je n’étais pas payée. Je n’avais donc pas de revenu fixe et mon salaire n’était jamais le même. C’était une situation précaire. Raisons pour lesquelles le secteur des accueillantes conventionnées a réclamé un statut de salarié. Personnellement, je me suis battue pendant 7 ans pour avoir ce statut et disposer enfin d’une reconnaissance.

J’y suis parvenue en m’inscrivant dans le cadre d’un projet pilote avec la Marelle, le service de gardiennes encadrées du CPAS d’Aiseau-Presles. Depuis un mois, je suis enfin salariée. En quoi ça change ? J’ai un salaire fixe à présent et c’est beaucoup mieux. Je ne choisis pas les enfants qui viendront chez moi. C’est le service d’accueillantes du CPAS qui gère les demandes. J’aime bien l’idée de ne pas avoir de relation d’argent avec les parents : la participation financière des parents est calculée en fonction des revenus et selon un barème établi par l’ONE.

- Lire aussi : Tout savoir sur le contrat de gestion de l’ONE 2021-2025 !

Le Guide Social : Comment êtes-vous devenue accueillante d’enfants ?

Gaëtane Schuÿteneer : Je suis institutrice de formation et j’ai enseigné pendant 12 ans. Puis je me suis consacrée à l’éducation de mes 3 enfants. Durant ce temps, j’ai poursuivi une formation de psychomotricienne relationnelle qui m’a permis de découvrir tout ce qu’on pouvait apporter aux enfants durant leur petite enfance. J’ai obtenu aussi un brevet de secrétariat et de bureautique. J’ai eu plusieurs petits boulots. Et puis, comme j’ai toujours aimé les bébés, j’ai participé à la formation d’accueillante autonome via l’IFAPME de Gembloux afin de pouvoir solliciter mon autorisation à l’ONE pour devenir accueillante.

J’en ai parlé à mon mari et à mes filles qui avaient à l’époque huit et dix ans. Tous les trois m’ont soutenu mais ne voulaient pas partager notre lieu de vie avec les enfants. Nous avons donc décidé de créer une annexe et de l’aménager en lieu d’accueil pour scinder mon domicile privé et mon professionnel. Je voulais être au rez-de-chaussée et profiter d’une ouverture sur le jardin.

Après un an de travaux, j’ai pu ouvrir cet espace d’accueil que j’ai baptisé Les Chaudoudoux.

J’accueille huit enfants différents mais jamais plus de cinq petits en même temps. Les bébés doivent avoir minimum deux mois mais c’est très rare de les avoir si petits.

« Pendant qu’ils dorment, je mange, je range, je fais de l’administratif ou j’envoie des photos des enfants aux parents »

Le Guide Social : Comment se déroule une journée type ?

Gaëtane Schuÿteneer : Je travaille de 07h15 à 17h15. On a une obligation d’ouvrir 10 heures par jour. Je preste 5 jours par semaine, ce qui revient à 50 heures/semaine.

Quand les enfants arrivent, ils jouent, puis on change les « pèpètes » avant d’aller à l’étage. J’ai aménagé une salle de psychomotricité où on se dépense pendant une heure. Puis on descend pour diner. Je fais en sorte qu’ils mangent tous en même temps. Ensuite vient l’heure de la sieste. J’ai une pièce qui y est dévolue à l’étage : chaque enfant a son lit. Je les pose, un p’tit bisou et hop je redescends.

Pendant qu’ils dorment, je mange, je range, je fais de l’administratif ou j’envoie des photos des enfants aux parents. On a créé un groupe Messenger avec les parents. Ça leur permet d’échanger aussi entre eux sur différentes questions du type : « Tu fais quoi quand le p’tit ne dort pas ? » ou bien « Tu lui mets quoi comme crème ? ».
Pour les repas, c’est toute une logistique : je commence à éplucher les légumes vers 8h – 8h30. J’ai de la viande et du poisson au congélateur. Avant 10h00, tous les ingrédients sont dans ma casserole.

Le Guide Social : Et quel est le programme de l’après-midi ?

Gaëtane Schuÿteneer : Quand les enfants se réveillent de la sieste, je les change. Puis on prend le goûter, on joue et c’est l’heure où les parents viennent les chercher mais ils ne veulent jamais repartir. Dès qu’il fera beau, on retournera dans le jardin et on ira nourrir les poules.

« Il faut leur porter un amour inconditionnel et accepter de tomber dans l’oubli une fois qu’ils grandissent »

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