Stéphanie Cassilde, chercheuse en sciences sociales et Giuseppina Di Ruggiero, psychologue dans un centre d’accueil de jour nous proposent un focus sur les jeunes en errance. Il n’est pas question ici de jeunes festivaliers ou de voyageurs bohèmes. Mais de jeunes en rupture familiale et en désaffiliation sociale. Des jeunes sans attache, en somme. Au départ de leurs observations et expérience de terrain, les deux professionnelles livrent certains éclairages qui plaident pour une continuité de la prise en charge de ces jeunes après leur 25e anniversaire. Selon elles, le déclic pour entamer un projet de formation ou d’emploi ne survient chez la plupart des jeunes accueillis en situation de bas seuil qu’à l’approche de cet âge charnière. Les extraire des programmes de subsidiation revient donc à créer une seconde rupture consécutive à la première vécue à leurs 18 ans. Explications.

Acteur majeur de l’accueil de jour au sud du pays, l’ASBL Comme chez Nous (CCN) rassemble à elle seule 40% des accueils dits de bas seuil en Wallonie. Parmi les 1088 (4) personnes différentes ayant fréquenté la structure en 2019, près de 10% étaient âgés entre 18 et 24 ans. Les travailleurs sociaux de cette association constatent que des secondes, voire des troisièmes générations se présentent à l’accueil de jour. A Bruxelles, cette même tranche d’âge représentait, en 2018, 22% des personnes accueillies par le Samu social. De manière générale, toutes catégories d’âge confondues, on constate une augmentation de la précarité et du sans-abrisme à l’échelle de l’ensemble de l’Union européenne.